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Il y a des vies que même le meilleur romancier ne
peut arriver à approcher dans l’écriture de ses bonnes feuilles. La vie d’Ernesto « Che » Guevara est bien plus qu’un roman. L’existence du guérillero argentin s’apparente à une tranche
de l’histoire contemporaine entre Guerre froide et décolonisation. Sa trajectoire est un reflet révélateur de ce qu’a été en partie le 20ème siècle.
C’est donc Steven Soderbergh (Traffic, Ocean Eleven…) qui s’est attaché à réaliser un biopic sur le Che en retraçant deux périodes spécifiques : sa rencontre avec Fidel Castro, les
années de guérilla à Cuba puis la tentative mortelle d’allumer un foyer révolutionnaire en Bolivie.
13 juillet 1955, Mexico, Raul Castro présente Guevara à son frère aîné, Fidel. Une rencontre qui marque une date clé dans l'histoire de Cuba. Guevara se voit associer à l’opération de guérilla en
vue de renverser Batista. Les Cubains affublent le jeune rebelle d'un sobriquet courant en Argentine : "Che". 26 novembre 1956 : 80 rebelles embarquent pour Cuba. Réfugiés dans la Sierra Maestra,
les "barbudos" déclarent la guerre totale au régime de Batista. Guevara prouve ses qualités de combattant et se rend indispensable à ses compagnons. 1er janvier 1959 : les rebelles célèbrent leur
victoire à Santa Clara et à La Havane. Fin de la 1ère partie... Régulièrement, le voyage du Che à New York, en 1964, revient en flash back pour montrer sa détermination. De toute son expérience
de l’Amérique latine (Carnets de voyage), il harangue enflammée à la tribune des Nations Unies, réitérant son engagement dans le combat du tiers-monde contre l'impérialisme américain.
Après la Révolution Cubaine, la gloire et la puissance du Che sont au plus haut. Mais, soudain, voilà qu'il disparaît. Pourquoi a t-il quitté Cuba ? Vers quelle destination ? Est-il seulement en
vie ? Après l’échec congolais, le Che réapparaît en Bolivie, incognito et méconnaissable, oeuvrant clandestinement à la constitution d'un petit groupe de camarades cubains et de recrues
boliviennes censé amorcer la grande Révolution Latino-américaine. La campagne bolivienne est une ode à sa ténacité et à son sens du sacrifice. Elle nous permet de comprendre pourquoi le Che reste
un symbole universel d'héroïsme et d'idéalisme. Son échec entraînera la mort du Che, la fin du rêve de multiplier les Viet-Nam, l’échec de la réalisation d’un homme nouveau.
Avec « Che », Soderbergh prouve qu’il est un réalisateur perfectionniste dans ses plans. Certains diront qu’il effleure seulement les aspects politiques et radicaux de la révolution cubaine. Il
ne donne pas de leçon, il retrace à partir des écrits du Che et de ses principaux spécialistes (comme Pierre Kalfon dont je conseille vivement la biographie). Un peu comme dans ses films
précédents, il raconte avant tout les hommes. L’interprétation de Benicio Del Toro est purement époustouflante. Primé par la Palme d’or à Cannes, il incarne avec détail et profondeur son
personnage jusqu’à laisser croire le spectateur que lui et le Che ne font qu’un, jusqu’à son dernier souffle. Dernier plan, dernière image, Soderbergh écarte l’image de mort, oublie la figure
emblématique connue de tous, il nous laisse avec le regard d’un homme jeune, plein d’espoir, qui a rendez-vous avec l’histoire.
Vous en pensez quoi ?