Lundi 7 avril 2008
1
07
/04
/Avr
/2008
10:00
-
Publié dans : Bouquins
Après nous avoir fait pénétrer dans les coulisses du FBI avec La malédiction d'Edgar (article à venir), Marc Dugain livre une description
sans concession, une immersion totale oserai-je dire, dans la Russie contemporaine avec Une exécution ordinaire. Elle révèle surtout le mépris pour la vie des gardiens
paranoïaques de ce qui reste de l'empire russe et de son ancienne grandeur. Fascination, répulsion, autant de sentiments qui se mêlent et nous animent
concernant ce géant aux pieds d’argile.
Trois trajectoires pour une même chute. Années 50, une jeune infirmière, douée en magnétisme, devient la soignante privée du « Petit Père des Peuples ».
Coupée du monde extérieur, elle accompagne de ses soins les derniers moments de Staline. A travers leur intimité, on découvre plus préoccupé à tenir en laisse le peuple sous son joug qu’à
accomplir le communisme.
Sous la perestroïka de Gorbatchev, deux officiers du KGB chargés de la formation de leurs agents échangent sur l’avenir. En ligne de mire de leur mission, ils
anticipent la chute du régime soviétique. Parmi leurs élèves, un petit blond, aussi suffisant que distant, révèle des qualités pour devenir un chef d’état parfait. Toute ressemblance avec le
dernier locataire du Kremlin est tout sauf fortuite.
Enfin, vers 2000, un père de famille, prof d’histoire en fin de carrière, désabusé, perd brutalement son fils dans un accident de sous-marin en pleine manœuvre. Un
fils qu’il ne reverra jamais, un fils dont il ne connaîtra jamais la fin.
L’issue finale ? L’exécution ordinaire revient finalement sur le douloureux épisode du Koursk, sous-marin nucléaire russe échoué dans des conditions douteuses
dans la mer de Barents. Aucune opération de sauvetage, même internationale, ne parviendra à échapper les derniers survivants d’une mort certaine. Impossible d’empêcher la médiatisation de
l’évènement, pour mieux effacer la vérité, le pouvoir distille avec un malin plaisir plusieurs versions à la catastrophe: agression d’un sous marin américain, attentat de rebelles tchétchènes
infiltrés… Une façon de « mieux tromper pour mieux gouverner ».
A travers trois périodes différentes et des personnages plus ou moins liés entre eux, Dugain analyse avec réalisme la tendance du pouvoir russe à dissimuler, à
enfermer les hommes dans un épais manteau de mensonges d’état. Le tout agrémenté d’un sentiment de terreur reposant sur l’ancien KGB. Si le romancier affectionne les rapports entretenus entre
ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés, il a de quoi s’inspirer de la France d’aujourd’hui.
---
Une exécution ordinaire de Marc DUGAIN chez Gallimard (Collection Blanche).
Vous en pensez quoi ?