Vendredi 15 février 2008
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Publié dans : Actu
En début de semaine, les australiens ont franchi un cap symbolique dans leur histoire. Après des années de débats et de longues luttes politiques, le nouveau Premier
ministre, Kevin Rudd, a présenté les excuses officielles de l'Australie par rapport à la politique d'assimilation qui a conduit par le passé - entre 1910 et 1970 - les autorités à enlever de
force des enfants pour les placer dans des familles blanches.
On parle ainsi de la génération volée ou « stolen generation » pour évoquer les milliers d’aborigènes déracinés durant deux siècles. Si les
460.000 Aborigènes représentent 2% des 21 millions d'Australiens, ils sont surtout la communauté la plus désavantagée avec des taux élevés de mortalité infantile, de chômage, d'alcoolisme et de
violence conjugale. L'espérance de vie des Aborigènes est inférieure de 17 ans à celle du reste de la population. Bref, elle concentre tous les éléments d’une condition sociale extrêmement
précaire.
Retransmise en direct sur les chaînes de télévision, le discours du chef du gouvernement fut prononcé devant le Parlement et un millier de représentants de la
communauté aborigène.
« Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte
profondes à nos compatriotes australiens. Pour la douleur et les souffrances subies par ces générations volées, leurs descendants et leurs familles, nous disons pardon. Aux mères et pères, aux
frères et soeurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous disons pardon. Et pour l'atteinte à la dignité et l'humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa
culture, nous disons pardon. » Kevin Rudd a joint le geste à la parole en s’agenouillant à la fin de son intervention pour rendre encore plus fort son message.
Vainqueurs des législatives en novembre après 12 années de gouvernement conservateur, les travaillistes se sont résolument engagés à construire une nation unie et à
réduire les disparités. En quelques mois, le nouveau gouvernement concrétise des engagements forts et cruciaux comme l’officialisation du pardon et surtout, dès sa mise en place, la ratification
du protocole de Kyoto. L’Australie franchit donc un nouveau cap dans son histoire, un tournant que certains définissent comme leur chute du mur de Berlin.
Le nouveau ministre de l’Environnement, du Patrimoine et des Arts, n’est certainement pas étranger à ces décisions. C’est bien Peter Garrett, ancien chanteur et
leader du groupe Midnight Oil, qui assume cette responsabilité après avoir allier création musicale et engagement militant.
Comparable à l’action « Vérité et réconciliation » menée il y a quelques années en Afrique du Sud, ce geste de réconciliation montre la complexité pour une
société moderne d’entretenir des liens avec son propre passé et sa mémoire. Ça sera certainement l’occasion d’un prochain article sur notre passé et la dernière trouvaille de notre Président de
confier la mémoire des enfants victimes de la Shoah aux élèves de CM2.
Vous en pensez quoi ?